Paris la studieuse


Je rappelle que nous ne vivions pas à Paris en touristes mais que nous y résidions, s’agissant de Louise, pour y donner des cours et des conférences sur la méditation, y suivre certains enseignements et entreprendre la rédaction d’un livre sur le sujet. Pour ma part, je devais collaborer à la structure de l’ouvrage, en rédiger l’avant-propos et l’introduction et jouer les réviseurs de texte, tout en revisitant Paris au hasard de promenades régulières. Sans compter y retrouver le plaisir de regarder vivre Paris attablé à une terrasse à n’importe quelle heure du jour…

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En s’installant de façon plutôt intense, la COVID-19 chamboula , pour ne pas dire qu’elle annihila, notre programme du 24 mai au 8 juin, tout en modérant l’allure et l’intensité de nos activités jusqu’à la fin de notre séjour le 17 juin. Quelques uns de nos projets durent être abandonnés faute de temps.

Au cours des semaines qui viennent (lesquelles pourraient se transformer en mois),les articles de ce blogue ne refléteront pas le Paris d’un touriste qui la visite arrondissement par arrondissement, mais celui d’un résident bien temporaire qui y séjourne durant deux mois, s’y promenant au hasard de ses engagement, de ses loisirs, de ses rencontres avec des amis ou de ses envies ou de ceux de sa conjointe. J’ai choisi de recourir à une thématique largement personnelle pour vous faire partager le plaisir qui fut le nôtre du 16 avril au 17 juin 2023. Aujourd’hui, le Paris studieux: celui des Maisons d’enseignements, des bibliothèques, des librairies. Rien de spectaculaire coté images mais plein de choses intéressantes côté histoire. À vous d’en juger.

Le quartier latin

Du square Samuel-Paty, nommé en l’honneur de l’enseignant assassiné le 16 octobre 2020, au haut de la montagne (disons plutôt de la côte) Ste-Geneviève, on retrouve La Sorbonne, les lycées Henri IV et Louis Legrand et le Collège de France, une incroyable concentration d’institutions d’enseignement et de haut savoir qui font de Paris la première cité universitaire européenne et l’une des plus importantes au monde.

La Sorbonne, plus de 800 ans d’excellence

A tout seigneur, tout honneur. Avec 42500 étudiants, 1500 enseignants et chercheurs, 37 équipes de recherches et près de 250 thèses soutenues chaque année, l’Université de Paris (1200-1793 et 1896-1971) qui doit son nom à l’abbé de Sorbon, fondateur du collège de Sorbonne au XIIIe siècle, n’a rien de particulièrement spectaculaire, hors sa Place de La Sorbonne et la façade baroque de La Chapelle Sainte-Ursule sur lesquelles Auguste Comte veille du haut de sa statue. La Sorbonne est le siège du rectorat de l’académie de Paris et de la chancellerie des universités de Paris. Mais Place Sorbonne, alors: y boire un pot ou un café, quel bonheur!

Le Collège de France ouvert à tous

Institué en 1530 par François Ier sous le nom de Collège royal, le Collège de France dispense gratuitement des cours de haut niveau ouverts à tous sans condition ni inscription qui ne donnent accès à aucun diplôme. Les professeurs qui y enseignent (ou, plutôt, qui y donnent des conférences, la plupart à guichet gratuit fermé) sont des sommités dans leur domaine respectif. Élus par leurs pairs, ils sont tous titulaires d’une chaire hautement convoitée.

Les lycées Henri IV, Louis Legrand et Fénelon: là ou se forment les élites

Établissement d’enseignement secondaire et supérieur public situé tout à côté du Panthéon, reconnu pour son élitisme, le lycée Henri IV, accueille plus de 2500 étudiants. Plusieurs des bâtiments qui le composent proviennent de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève des moines augustiniens, dont la tour Clovis (XIIe siècle) classée monument historique.

Pour sa part, le lycée Louis Legrand, installé rue St-Jacques derrière la Sorbonne depuis 1550 (et rebâti en 1887), s’enorgueillit d’avoir distribué ses diplômes à un nombre impressionnant d’anciens présidents, et de premiers ministres de la Ve République française, ainsi qu’à un bon nombre de prix Nobel. Ses dirigeants rappellent aussi avec fierté que Molière, Robespierre, Sartre et Victor Hugo y ont étudié en leur temps.

Situé en dehors du quartier latin, à un jet de pierre de notre appartement, au 2 de la rue de l’Éperon, je me dois de mentionner le lycée Fénelon. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il était, lors sa fondation en 1883  dans des bâtiments datant du XVIIe siècle, le premier lycée de filles parisien. Il est devenu mixte en 1979. Simone de Beauvoir y enseigna entre cafés et repas avec Jean-Paul Sartre au Café de Flore, situé tout près, Boul St-Germain.

Trois grandes bibliothèques

Évidemment, les bibliothèques ne manquent pas à Paris. J’en ai retenu trois. Je n’ai pu visiter la bibliothèque Forney, logée dans l’Hôtel de Sens, dans le 4e en raison de ses horaires limités et très particuliers. Louise a beaucoup fréquenté la très belle bibliothèque Mazarine de l’Institut de France pour ses travaux de rédaction. Le site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France nous a ébloui et je souhaitais le revoir en profondeur après une visite limitée à la salle Ovale, mais en fus empêché pour cause de COVID-19.

La bibliothèque Forney

Propriété de la Ville de Paris, la bibliothèque Forney, spécialisée dans les beaux-arts, les arts décoratifs, les arts graphiques, les métiers d’art, la mode, la publicité et le design assure aussi bien la conservation que le prêt. Elle est logée dans l’Hôtel des Archevêques de Sens, un très bel hôtel particulier du XVe siècle classé monument historique, entièrement rénové dans les années 1930.Il s’agit là de l’un des rares vestiges de l’habitation du Moyen Âge encore debout à Paris. Un délice pour l’oeil que je vous invite à partager.

La bibliothèque Mazarine depuis…1643

Plus ancienne bibliothèque publique de France , constituée des collections personnelles du cardinal Mazarin, la Bibliothèque Mazarine s’ouvre aux savants en 1643. Depuis 1668, elle occupe son site actuel, devenu celui de l’Institut de France auquel elle est rattachée depuis 1945. Sa salle de lecture a été restaurée entre 1968 et 1974, sur le modèle d’une grande bibliothèque du XVIIe siècle. La Mazarine, comme l’appellent amoureusement ceux qui la fréquentent, est une bibliothèque d’étude et de recherche, toujours ouverte à tous. Ainsi, Louise, comme tant d’autres avant elles, en est tombée amoureuse et l’a fréquentée pendant plusieurs jours dans le cadre de ses travaux d’écriture.

La Bibliothèque de France – Site Richelieu

Le site historique Richelieu de la Bibliothèque nationale de France en septembre 2022 après une décennie de travaux. On y accède par le joli jardin Vivienne, construit à l’endroit exact de celui érigé par Mazarin au XVIIe siècle.

Le hall est composé de trois espaces. Le premier héberge la nouvelle banque d’accueil. L’escalier d’honneur occupe le second espace. Un troisième fait la jonction avec le hall .

Fermée pour des travaux en septembre gigantesques en 2016, la salle Ovale rouvre en 2022 pour devenir, en libre accès,  à la fois salle de lecture et lieu de visite et de médiation qui propose plus de 20 000 volumes en libre consultation et 160 places de lecture.

Deux librairies anglophones

Point n’est besoin d’insister sur les librairies francophones à Paris. Du plus humble libraire de quartier à la géante FNAC, du bouquiniste de la Seine au spécialiste des écoles ou des livres usagés, elles foisonnent partout. Chez les anglophones, toutes deux voisines de notre appartement, l’une est devenue légendaire et attire les touristes par milliers. L’autre, plus modeste, a quand même su tirer discrètement son épingle du jeu et constitue pour moi une intéressante découverte, fruit d’un heureux hasard.

Shakespeare and Company: une attraction touristique

Ouverte en 1951, la librairie Shakespeare and Company (originalement connue sous le vocable Le Mistral et renommée ainsi en 1964 en l’honneur de la librairie éponyme fondée en 1919 au 12 rue de l’Odéon) est rapidement devenue une institution pour les écrivains et lecteurs anglophones, ainsi qu’un refuge pour les expatriés. Ses rayons bien garnis recèlent tant les nouveautés que les titres plus rares. On peut même y jouer du piano! Chose intéressante, l’actuel propriétaire poursuit la politique de ses prédécesseurs et offre le gite à certains étudiants en retour de quelques heures de travail dans sa librairie assiégée par les touristes.

The Abbey Book Shop: la discrétion anglo-canadienne

Comme le pays d’où elle est issue, la librairie anglo-canadienne de Paris se fait discrète. C’est à la fois dommage et heureux. Dommage parce que sa visibilité en souffre, heureux, parce que sa découverte, au hasard d’une marche, constitue une belle surprise. Tout ça pour dire que The Abbey Book Shop- La Librairie canadienne de Paris offre, au 29 rue de la Parcheminerie, à l’ombre de l’hyper touristique triangle médiéval du 5e arrondissement, plus de 35 000 livres neufs et usagés dans un décor et une atmosphère ultra sympathiques.

Le 3 juillet 2023