M. Coderre déteste l’échec

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Montréal, politique

On a compris hier soir que notre «nouveau shérif», comme il se plait à se nommer lui-même, l’homme qui se veut aussi incontournable que sa ville, a l’épiderme ultra-sensible.  On savait déjà qu’il était un battant, un gagnant.  On vient d’apprendre jusqu’à quel point le maire Coderre déteste perdre et surtout combien il pouvait être mesquin dans la défaite. Et encore, on ne parle pas ici d’une véritable débandade, mais d’un revers, tout au plus.

Imaginez. Dans  un jugement fouillé de près de 40 pages,   la Régie des Loteries et Jeux du Québec vient de lui refuser son projet d’ouverture de certains bars des rues St-Denis et Crescent jusqu’à 6 heures du matin durant quatre fins de semaine cet été, en prétextant notamment que le projet est contraire à l’intérêt public et susceptible de nuire à la tranquillité publique et en qualifiant, rien de moins, de déficiente la préparation de la Ville. Les Régisseurs se disent déçus de constater que l’enjeu de la santé publique est complètement absent des préoccupations des représentants de Montréal,  qui n’en ont que pour l’approche économique.  Ils s’étonnent enfin de l’appui presque enthousiaste du SPVM, d’ordinaire plus réservé en cette matière.

On sentait monsieur Coderre déçu et de plutôt méchante humeur, mercredi soir. Tellement qu’il aurait préféré se donner le temps de diriger la nouvelle en annulant un engagement au CHUM, avant de poursuivre sa soirée dans d’autres événements sociaux. Sa première réaction fut plutôt modérée. Un petit reproche aux régisseurs d’abord : ceux-ci n’ont pas compris que l’objectif d’un projet-pilote était précisément d’approfondir le sujet. Un constat ensuite : pourquoi faut-il toujours documenter à Montréal des réalités qui ont cours ailleurs et qui sont des succès.  Et un regret : ne pas pouvoir aller en appel. Enfin, une promesse : se reprendre. Bref, notre maire semblait faire contre mauvaise fortune, assez bon cœur.

Erreur. La nuit a porté conseil. Le mauvais conseil. Jeudi, monsieur Coderre s’est levé du mauvais côté, c’est le moins que l’on puisse dire. J’imagine que la lecture de l’excellent article de l’habituel pertinent François Cardinal l’a complètement déboussolé. Si bien que profitant d’une entrevue matinale avec Paul Arcand, le maire de Montréal a, à mon avis, complètement perdu les pédales pour la première fois depuis son élection en novembre dernier. Tant par le ton suffisant que par les mots qu’il a choisi d’employer. Les deux étaient soigneusement préparés.

Ainsi, les Régisseurs, membres d’un tribunal administratif du Québec qui ont droit au respect même quand on est en désaccord avec les décisions qu’ils rendent, sont rapidement devenus les «petits régisseurs» qui voulaient lui «voler le show». De petits fonctionnaires de rien du tout qui empêchent les grands leaders de décider, des emmerdeurs de première, en somme. Je pense soudainement à tous ces fonctionnaires de la ville de Montréal qui doivent aujourd’hui réaliser qu’ils ne pèsent pas lourd dans la vision de leur maire et qui n’ont qu’à bien se tenir si d’aventure, ils s’opposent à l’un quelconque des nombreux projets de monsieur Coderre.

Mais poursuivons. Ulcéré par l’article de monsieur Cardinal, notre bon maire s’en est ensuite pris à ce dernier, en le traitant de «bien-pensant» et en ajoutant qu’on pouvait bien placoter à gauche comme à droite, comparer Montréal avec tout ce que l’on voudra, mais que Montréal, c’est Montréal (merci pour la trouvaille!) et qu’il est un homme d’action.

Homme d’action : c’est comme cela qu’on l’aime et c’est un peu beaucoup pour cela qu’on l’a élu! Et, ma foi, jusqu’à maintenant, il a assez bien réussi, merci. Mais homme d’action qui sait encaisser les petits revers, inévitables au cours d’une carrière.

N’empêche, réagir comme il vient de le faire n’est pas digne de la fonction qu’il occupe, de l’homme simple et chaleureux que l’on connait. Le fait est que SA ville, où il ne veut, avec raison, pas voir des pics anti-flâneurs, a présenté une feuille de chou aux Régisseurs, pas un mémoire sérieux, fouillé, crédible. Elle devra faire mieux, infiniment mieux la prochaine fois.

Et le maire Coderre devra mieux contrôler son bouillant caractère.

Étonnant, quand même  cet échec d’un maire qui a la réputation de suivre ses dossiers de très près. Il est vrai que cette fois, ce dernier était défendu par un ami, expert en ces matières devant un tribunal administratif qu’il connaissait bien. Invitation à la relâche?

 

 

Publié par

Homme politique à la retraite active, analyste et commentateur, toujours passionné d'affaires publiques, de lecture et de musique. Auteur de DE LA CRISE D'OCTOBRE AU PRINTEMPS ÉRABLE, Québec Amérique 2015

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