Tel que promis: L’indécence des prétendants

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Election 2014

Le spectacle, car c’en était un, donné lundi soir, par les trois prétendants au trône était navrant, pour ne pas dire déplacé et indécent. Improvisé, il l’était, personne n’ose en douter, tant le contraire est sinistre. Improvisé comme l’avait été cette campagne qui se terminait dans la catastrophe, une improvisation inspirée, une fois de plus par la panique.

Qu’importe, l’événement a permis aux trois ténors (rien à voir encore avec Pavarotti, Domingo et Carreras …) de se mesurer une première fois alors que la chef pour laquelle ils se pâmaient d’admiration et dont ils vantaient, avec raison, la fructueuse carrière, luttait, non plus avec les votes – c’était déjà trop tard – mais avec les mots qu’elle allait employer et le ton qu’elle allait adopter (dans les deux cas justes). Il y a différentes façons de préparer une salle. Celle que MM. Péladeau, Liséee et Drainville ont choisie était la mauvaise. Dans d’autres circonstances, c’eut pu être loufoque. Lundi, c’était, je le répète, indécent.

PKP fut prudent : pas de poing levé, des phrases courtes, débitées dans un flot encore malhabile quand il ne lit pas un texte (comme en début de soirée à St-Jérôme alors qu’il livrait son premier discours de Chef, encore là prématuré et déplacé à mon avis), un appel somme toute modéré. Il a appris.

Le prince Lisée fut égal à lui-même. Fin stratège (pas tout à fait à l’égal de Bourassa qu’il a démoli avec la virulence qu’on connait et qui fit sa fortune, mais quand même), il fit monter les enchères, histoire de montrer au nouveau que les choses se passeraient désormais à gauche et qu’il fallait commencer doucement à ramener le discours oublié.

La table était mise, comme si cela était vraiment nécessaire, pour le dur de dur, Bernard Drainville qui, enfin libéré du carcan qu’on lui avait imposé depuis le 5 mars, «se lacha lousse» comme on dit chez nous. Détenteur de la Vérité Vraie, il nous fit vite comprendre qu’il fallait la retrouver vite vite vite, coûte que coûte. Et la foule de se soulever, toute prête à accueillir une première ministre encore sonnée par la terrible conséquence de son erreur et très digne dans cette défaite aux répercussions catastrophiques pour son parti.

Navrant le spectacle l’était dans son improvisation. Je suis étonné qu’un parti aussi professionnel que le PQ ait aussi mal organisé un moment aussi prévisible dès le début de la soirée, alors que la défaite s’annonçait certaine. Je concède que la défaite de Madame Marois ne devait pas être évidente à 20h30, quoiqu’il devait bien exister des sondages locaux et du pointage de vote dans Charlevoix…

Déplacée, la prestation l’était en ce qu’à l’exception de madame Nicole Léger, cette fidèle parmi les fidèles de Madame Marois, chacun des trois prétendants a choisi de montrer ses muscles aux deux autres. Une vraie histoire de gars, genre «la mienne…». Pas l’endroit et surtout pas le moment. Bon dieu, la chef n’a pas encore annoncé publiquement qu’elle démissionnait. Tout ce qu’on vous a demandé, bons et loyaux (sic) soldats que vous êtes, c’est de gagner du temps, pas de déclencher la bagarre. C’était trop demander. Spectacle disgracieux. Encore une fois, pas du genre à rehausser l’image des politiciens dans l’estime du public.

Indécente, enfin, cette prestation l’était parce les trois prétendants ont prouvé qu’ils n’ont rien compris et, particulièrement dans le cas de monsieur Drainville, rien voulu comprendre. Les sondages le disaient. Plus des 2/3 des Québécois ne voulaient pas entendre parler de référendum. A peu près le même nombre ne voulait rien savoir de la charte telle que présentée. Plus de 60% disaient vouloir voter Non lors d’un éventuel référendum. Présumant, pour fin de discussion que tous ceux qui ont voté PLQ (41.2%) et CAQ (22,3%) l’ont fait parce qu’ils refusaient l’idée même de référendum et que ceux qui ont voté PQ (25,4%) et QS (7,6%) appuyaient celle-ci, l’on retrouve toujours les 2/3 des Québécois de nos sondages du côté des adversaires d’un référendum. La grande différence entre le 5 mars et le 7 avril, c’est que ces derniers sont passés, comme tous les autres, du côté des «sondés» à celui des «voteurs».

Pensez-vous que cette réalité crue, nette, précise et démocratique importe à MM. Péladeau, Lisée et Draiville. Pas du tout. Ainsi n’ont-ils pas hésité, Drainville surtout et sur le ton hargneux, revanchard, trop souvent méprisant auquel il nous a habitué, à enfourcher le cheval blanc du pays (qui, chacun le sait, appartient, ainsi que tous les signes identitaires, au seul parti québécois), de la souveraineté, de la fierté québécoise telle qu’ils la définissent. Désolant spectacle.

On a souvent dit durant la campagne, tant du côté des libéraux que des caquistes que monsieur Drainville n’avait pas d’écoute, qu’il n’en faisait qu’à sa tête et qu’il refusait tout compromis, aussi raisonnable fut-il. Ceux qui ont voté contre le PQ parce qu’ils rejetaient non pas un projet de laïcité qui baliserait les accommodements raisonnables mais le projet du PQ tel que véhiculé par monsieur Drainville, ont bien vu, lundi soir, qu’ils avaient fait la bonne affaire. Les belles assurances données par madame Marois (en fin de campagne, il est vrai) n’auraient jamais eu de suite entre les mains de cet apôtre de la ligne pure et dure en toute chose.

Je le répète : spectacle navrant, déplacé, désolant et indécent que celui donné lundi soir par les trois ténors péquistes.

Bavaro, mardi, le 8 avril 2014 en début de soirée (posté mercredi le 9 avril 2014 avec retour internet à la maison!)

Publié par

Homme politique à la retraite active, analyste et commentateur, toujours passionné d'affaires publiques, de lecture et de musique. Auteur de DE LA CRISE D'OCTOBRE AU PRINTEMPS ÉRABLE, Québec Amérique 2015

One thought on “Tel que promis: L’indécence des prétendants”

  1. François Trudel De Gagné dit :

    Une excellente analyse qui vaut la peine d’être partagée. C’est un peu ce que les commentateur invités sur le plateau de ICI Radio-Canada faisaient comme constat en moins étoffé. Il faut avouer que ceci n’est immédiatement visible qu’aux initiés. Personnellement, au départ, je n’y ai vu que ferveur et détermination (scusez-là!), mais ce n’est qu’après avoir entendu et lu les analyses que j’ai compris l’odieux sous-texte de cette scène.

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