Pour en finir avec la campagne

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Election 2014

campagne electorale au quebec avril 2014 photos

J’ai cessé de lire les journaux québécois et de fréquenter les réseaux sociaux en début de soirée jeudi dernier. J’avais besoin de changer d’air, de parler d’autres choses, de lire autre chose, bref de me ressourcer. De retour, je constate de ma non lointaine République dominicaine que le Québec existe toujours, que le ciel ne lui est pas tombé dessus et que les gens vaquent toujours à leurs occupations. J’apprends aussi que madame Marois a finalement consenti à rencontrer le premier ministre élu du Québec, le bon Dr Couillard. Après neuf jours, fallait le faire. Après une campagne improvisée, une soirée électorale improvisée, j’imagine qu’il fallait aussi improviser une passation des pouvoirs..

Bref, me voilà revenu aux «vraies affaires». À l’exception des maison de sondage dont la majorité diront, avec raison, avoir été dans la marge d’erreur, nul n’avait prévu l’ampleur de la défaite péquiste du 7 avril dernier.

La pire défaite du PQ, à l’exception de sa première, en 1970, du moins en termes de pourcentage populaire, faisait suite à la pire campagne électorale de son histoire, encore pire que celle d’André Boisvert en 2007, à mon avis, ce qui n’est pas peu dire. Comment peut-on être aussi mauvais, je me le demande. Pour reprendre l’image colorée de Jacques Parizeau, lancée, il est vrai dans un tout autre contexte, le parti gouvernemental s’est d’abord «autopeluredebananisé» en ouvrant sur les questions de passeport, de frontières et autres avant même que ses adversaires ne soulèvent la question de l’avenir du Québec au sein ou hors du Canada. Pour en rajouter, voilà les stratèges qui perdent le contrôle tant du message que du messager un beau dimanche matin à St-Jérôme. La grenade PKP leur éclata en pleine figure. Deux gaffes en moins d’une semaine furent suffisantes pour effacer les gains obtenus les jours précédents par l’annonce d’excellentes candidatures. Le PQ ne regagna jamais l’initiative de cette campagne. Madame Marois, déjà bien seule (ainsi le voulaient les stratèges) vit ensuite la question de l’intégrité lui revenir, elle aussi, tel un boomerang, sans réellement affecter son adversaire. Dans un geste désespérée, elle tenta la manœuvre pitoyable d’une ridicule possible baisse d’impôts.

Aujourd’hui, le PQ est menacé d’éclatement, son option fondamentale remise en question. Mauvaise campagne, certes. Mauvais messages aussi. Sans aucun doute confusion sur l’option. Le PQ a vu sa base francophone s’effriter au profit du PLQ (voilà ce qui a dû être le plus difficile à accepter pour un péquiste bon ton) et de la CAQ, les jeunes le déserter, une partie de sa gauche se ranger du côté de QS. A force de vouloir être tout à tous, on risque de n’être rien à personne.

Philippe Couillard, je l’ai déjà écrit, a mené une bien meilleure campagne que je ne l’avais estimé au départ. Il mérite amplement cette victoire retentissante dans les circonstances, une victoire qui est bien plus que le résultat de la défaire du PQ. En faisant élire 69 collègues dans toutes les régions du Québec, en ralliant les francophones majoritairement acquis au PQ depuis des lunes et en arrachant des comtés tant aux péquistes qu’aux caquistes, le chef Libéral peut prétendre à une réelle légitimité. Il pourra gouverner selon son agenda, pas celui des autres. Sa victoire est claire, elle est démocratique.

François Legault aura réussi au moins l’un de ses paris, lui qui nous en avait promis beaucoup (dont certains impossibles à réaliser au cours des derniers jours de la campagne) : sauver sa peau et celle d’une partie de son équipe. Avec trois députés de plus et 3% de moins en votes populaires, la CAQ devra maintenant s’atteler à regagner sa crédibilité de parti d’opposition sérieux (ce qu’à mon avis, monsieur Legault, malgré un dynamisme évident, n’a pas toujours démontré), capable, désireux et prêt à remplacer éventuellement une Opposition officielle ébranlée, chancelante et fort probablement fortement divisée pour les prochains mois, sinon les prochaines années.

QS n’a obtenu, cette fois encore, les résultats qu’on souhaitait à la sympathique Françoise David, laquelle n’a pas réalisé que la campagne avait pris fin à 20h00 le 7 avril, tant son discours était agressif, pour ne pas dire hargneux. Une première pour elle et, souhaitons-le, une dernière. Parti encore marginal, QS a heureusement fait élire in extremis la marginale Manon Massé, qui se déclare, pourquoi pas, fière représentante des marginaux.

Cette campagne ne passera pas à l’histoire parce qu’elle était la plus sale que l’on ait connu (ce qui est un fait) : elle passera à l’histoire parce qu’elle marquera sans doute la fin de ce qui aura été l’option fondamentale d’un parti politique pendant près de 45 ans.

Publié par

Homme politique à la retraite active, analyste et commentateur, toujours passionné d'affaires publiques, de lecture et de musique. Auteur de DE LA CRISE D'OCTOBRE AU PRINTEMPS ÉRABLE, Québec Amérique 2015

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