La semaine des incertitudes

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Election 2014

Dure semaine que celle qui se termine pour les deux formations de tête engagées dans une lutte qui demeure, ce soir, encore très serrée et sur l’issue de laquelle il est hasardeux d’avancer une prédiction précise. Je la résumerais en disant que l’une, le PLQ, l’a terminée là où l’autre, le PQ, l’avait commencée: dans une certaine incertitude et en étant ébranlée. Cela dit,  tant le PQ que le PLQ ont connu des moments difficiles.

On se rappellera du coup de tonnerre que constituait, mardi dernier le sondage Léger/Le Journal de Montréal qui révélait un écart important de 7 points en faveur des Libéraux dans les intentions de vote des Québécois, confirmant ainsi un mouvement ascendant pour le PLQ qui se poursuivait depuis le début de la campagne et un plafonnement du PQ depuis au moins une semaine.

Fort de ces bonnes nouvelles qui le confortaient notamment dans sa stratégie sur la question référendaire, monsieur Couillard décida de jouer une nouvelle carte et de plonger lui-même au cœur de débat sur l’éthique et la transparence en défiant ses adversaires. Mal lui en pris. Les rapports d’impôts de madame Marois (publié discrètement quelques heures avant le débat de jeudi soir) et celui de monsieur Legault (rendu public encore plus discrètement samedi après-midi – bonjour transparence…) n’ont soulevé, comme il se devait, aucun intérêt, si ce n’est de comparer la générosité philanthropique des uns et des autres. Voilà une bombe libérale qui s’est transformée en pétard mouillé, comme le prétendu vol de l’élection soulevé par le PQ la fin de  semaine précédente.

Entretemps, la chef péquiste devait se battre avec la visite de l’UPAC dans les bureaux de son parti. Pas facile quand on crie sur tous les toits qu’on lave plus blanc que blanc. Le festival de la boue se poursuivait avec vigueur et précision, Legault ne manquant pas d’y ajouter sa petite pelletée de temps à autre, histoire de signaler qu’il existait toujours…

Puis vint l’affaire du paradis fiscal. J’ignore si le chef du PLQ et son équipe l’ont vu venir. Si oui, ils étaient fort mal préparés à y répondre, particulièrement jeudi soir, alors qu’il était évident que la question allait être soulevée. Ce faux scandale a évidemment été exploité, parfois de façon éhontée, par tout ce qui bouge, respire, communique et fait de la politique au Québec, y compris, bien sur, par le PQ, la CAQ et QS qui n’allaient pas rater une si belle occasion. Malgré des explications que je considère claires et directes, monsieur Couillard en sort ébranlé. Heureusement pour lui, si la journée d’hier fut pénible, celle d’aujourd’hui a été nettement meilleure et il semble avoir retrouvé vigueur et confiance.

Madame Marois et monsieur Legault ont été rattrapés à leur tour par des allégations de mise en place d’un système de vente aux enchères organisées par des firmes d’ingénieurs conseil (tiens, toujours elles…) pour se répartir les territoires pour l’obtention des contrats sous les gouvernements péquistes des années 90. Transparence, transparence! Comme disait mon grand-père (cela fait un certain temps…) ‘quand on crache en l’air, ça finit par nous retomber sur le nez’.  Reste à voir comment le PQ se sortira de cette situation et surtout, s’il choisira une autre voie que celle de la transparence comme thème moteur de campagne pour la dernière semaine.

Pendant que madame Marois tentait toujours tant bien que mal (et plutôt mal que bien) de se dépatouiller avec sa réponse ambigüe sur le référendum, ce qui avait permis à monsieur Couillard de marquer encore quelques points jeudi soir, ce dernier s’est carrément enfargé dans ses lacets sur la question linguistique. Et pas qu’un peu. En oubliant que la langue constitue le tissus identitaire fondamental des Québécois, qu’elle sera toujours fragile et qu’il faudra constamment la défendre (ce qui n’exclut aucunement la pratique d’une autre langue), le chef du PLQ s’est non seulement placé dans une position délicate vis-à-vis l’immense majorité de l’électorat, mais il a ouvert une porte béante sur un thème qu’il maîtrise mal et qui  constitue l’une des forces de ses adversaires. Ils n’en croyaient d’ailleurspas leurs oreilles jeudi soir et croyaient rêver. Ils se sont bien vite réveillés pour exploiter l’erreur. Monsieur Couillard l’a vite réalisé, lui aussi, qui essaie de la réparer. Avec un succès très relatif. Parce qu’on n’explique pas de façon cérébrale ce qui relève de l’émotion.

C’est le genre de gaffe qui risque de couter cher. Dans le cas qui nous occupe, cela s’appelle une majorité. Il y a plein de votes caquistes dans des comtés où la lutte est encore très serrée qui pourraient être tentés de rester dans leur parti ou d’y retourner.

J’imagine les organisateurs libéraux attendent le prochain sondage avant autant d’impatience que moi.

Publié par

Homme politique à la retraite active, analyste et commentateur, toujours passionné d'affaires publiques, de lecture et de musique. Auteur de DE LA CRISE D'OCTOBRE AU PRINTEMPS ÉRABLE, Québec Amérique 2015

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