SE BATTRE SOI-MÊME

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Élection Montréal 2017, Denis Codere, Montréal, politique, Valérie Plante, Verdun

Comme tant d’autres, notamment les grands journaux, la communauté d’affaires, plusieurs personnalités de différents milieux montréalais, je l’ai écrit, souhaité et recommandé : Denis Coderre méritait un second mandat à la mairie de Montréal. Il ne l’a pas obtenu. Défaite amère dont il est le seul responsable.

C’est connu, mon ami Denis a l’épiderme ultra-sensible face à la critique. Il ne la supporte tout simplement pas. Elle l’irrite, le frustre, le rend de mauvaise humeur, bref lui fait perdre ses immenses moyens. Quand on détient le pouvoir, avec ou sans partage, une campagne électorale nous expose à la critique plus ou moins sévère. Il en va de l’essence même de la vie démocratique. Si les campagnes électorales présentent une belle occasion de faire état de leur bilan et d’exposer leur vision d’avenir pour les détenteurs du pouvoir, elles constituent, pour ceux qui aspirent à les remplacer une opportunité de les critiquer et de montrer en quoi eux-mêmes représentent une solution meilleure. Denis Coderre n’a jamais fait de cadeau à ses adversaires en 30 ans de vie politique. Il n’en a pas reçu non plus, encore moins cette fois-ci, alors que Projet Montréal et sa souriante candidate, maintenant première mairesse de l’histoire de Montréal, ont tablé sur ce trait de personnalité, cette faiblesse marquée, pour tout dire, cette faille dans la carapace de Denis Coderre. Bougon, brusque, impoli, parfois emporté, l’ex-maire donnait de lui-même une image qui se situait à des années-luminaire de celle, souvent empreinte d’humour et de bonhommie populaire à laquelle « the new sheriff in town » nous avait habitué. Plus Denis s’emportait, plus le calme et la sérénité souriante de Valérie Plante devenaient invitants, quasi irrésistibles.

Autre erreur majeure. Denis Coderre n’a pas pris son adversaire au sérieux en tenant sa re-élection pour acquise. Simple formalité, s’est-il dit. On table sur le bilan et sur ma personnalité connue et appréciée et le tour est joué. Pas de vedette (la vedette, c’est moi), pas d’engagements précis qui peuvent faire rêver (le programme, c’est la continuité), pas de cadre financier (trop compliqué à comprendre et inutile, on n’a pas d’engagements). Après tout, sauf très rares exceptions (encore que pas récentes), tous les maires sortants ont eu droit à un second mandat. Mon ami Denis et son entourage, pourtant tous férus de politique, ont oublié un événement majeur de l’histoire moderne du Québec : l’humiliante défaite, dans des circonstances semblables, du premier ministre Jean Lesage en juin 1965 aux mains du chef de l’Opposition Daniel Johnson, père. Lesage fit une campagne en solo, laissant ses ministres dans l’ombre, sans programme politique, insistant sur son bilan et demandant aux électeurs de le laisser poursuivre son travail. Ceux-ci lui dirent non en le renvoyant dans l’Opposition, après seulement 6 ans de pouvoir et 4 ans après l’avoir réélu triomphalement. Denis Coderre aura réussi à répéter cet exploit peu enviable cette année dans l’arène politique montréalaise.

Pourtant, il présentait, et de loin, la meilleure équipe, un savant dosage d’anciens (dont plusieurs issus de sa « coalition arc-en-ciel ») et de nouveaux qu’il s’est entêté à cacher, sauf rares exceptions (et encore devant des auditoires spécialisés) jusqu’aux tout derniers jours. Trop peu, trop tard, d’autant plus qu’il en a fait agir quelques-uns en bonhomme sept heures.

Une élection qui se fait en solo se perd en solo. On en a eu une preuve éclatante (et combien dramatique pour Denis Coderre) ce soir. Soulignons quand même sa sortie très digne tard en soirée. On retrouvait là le Denis Coderre qu’on aurait aimé de pas perdre durant la campagne électorale.

Reste à féliciter chaleureusement madame Valérie Plante, nouvelle mairesse de Montréal pour une victoire pleinement méritée à la suite d’une campagne remarquablement conçue et menée et lui souhaiter plein succès dans ses importantes et difficiles fonctions. Un bémol, cependant : la voir seule sur scène alors que son parti a tant reproché à Denis Coderre de nous offrir un « one man show » avait quelque chose de surprenant, de décevant aussi.  Il est vrai, dit-on, qu’une fois n’est pas coutume

Publié par

Homme politique à la retraite active, analyste et commentateur, toujours passionné d'affaires publiques, de lecture et de musique. Auteur de DE LA CRISE D'OCTOBRE AU PRINTEMPS ÉRABLE, Québec Amérique 2015

One thought on “SE BATTRE SOI-MÊME”

  1. Sébastien Dhavernas dit :

    Excellente analyse à laquelle j’ajouterais le fait que plusieurs de ses decisions autoritaires et sans nuances, comme les réglements sur les chiens et autres animaux domestiques par exemple, ont eu pour effet de lui aliéner certaines clientèles dont la somme est en partie responsable du résultat d’hier.

    J’aime

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